Propos recueillis par Antoine Reverchon - LeTemps.ch
Le professeur de sciences économiques à l’Ecole normale supérieure à Paris, Daniel Cohen, analyse la crise actuelle
Le Monde: La crise actuelle est à la fois financière, économique, environnementale et sociale. Cela signifie-t-il qu’elle annonce la fin de notre modèle de croissance?
Daniel Cohen: J’analyse cette crise multiple comme une maladie infantile de la mondialisation, et non comme une manifestation de sa sénilité. Je ne crois donc pas qu’une rupture de modèle soit à venir.
En revanche, la simultanéité des crises de la finance, des équilibres macroéconomiques, de l’écologie et du travail – car tout ce que l’on entend sur le stress est pour moi la manifestation d’une crise du travail – n’est absolument pas une coïncidence. Elles sont toutes des pathologies d’une même crise, que je qualifierais de «première crise de la mondialisation». Elle manifeste notre incapacité collective à comprendre et à penser les multiples interdépendances dans lesquelles nous vivons désormais, du fait de la mondialisation.
Ce dont nous avons besoin aujourd’hui est d’élaborer les régulations qui permettront de maîtriser ces interdépendances. L’environnement, la finance, le travail, nous présentent le même défi.
On a la liste de ce qu’il faut faire, tout a déjà été dit sur tous ces sujets. Pourtant, je ne suis pas très optimiste. Or, si ça ne se fait pas, nous entrerons dans une période très chaotique. Il y a déjà eu plus de crises dans les vingt dernières années que dans la plupart des périodes historiques précédentes. Et cela risque de continuer…
– Pourtant, par comparaison à celle de 1929, par exemple, cette crise n’est-elle pas gérée de façon plus coordonnée, plus efficace?
– Il y a tout de même de bonnes nouvelles, en effet. Cette gestion a été, il est vrai, exemplaire: on a fait pour ainsi dire systématiquement le contraire de ce qui avait été fait en 1929. Les déficits et le soutien aux banques ont été sans limites, la mise en avant du G20 a limité la tentation du repli sur soi – qui avait, dans les années 1930, conduit à la guerre.
Mais faire ce parallèle a quelque chose de rassurant, comme si on pouvait en rester au débat entre Keynes et Friedman. Alors que cette crise pose des problèmes radicalement nouveaux. Dans le domaine de la finance comme des équilibres macroéconomiques, l’interdépendance était présentée comme le meilleur moyen de mutualiser les risques: il s’est avéré que, au contraire, leur interconnexion les a propagés à l’ensemble du système. La succession des bulles est devenue une caractéristique de la mondialisation. Le problème des régulateurs, des banques centrales, n’est plus, comme autrefois, de combattre l’inflation, pathologie typique du modèle économique précédent, mais de prévenir l’envolée du prix des actifs.
– Quelles sont, pour vous, les caractéristiques de ce modèle économique mondialisé?
– Comme toute rupture par rapport à un mode de production antérieure, la mondialisation allie une innovation technologique majeure à une nouvelle organisation du travail. Ce fut, pour la révolution industrielle, la machine à vapeur et la fabrique; puis, pour le modèle «fordiste» de la société de consommation, l’électricité et l’organisation «scientifique» du travail, permise justement par l’électrification des chaînes de montage. La mondialisation est le fruit de l’informatique et de la nouvelle division du travail qu’elle permet, en désintégrant la chaîne de création de valeur à l’échelle de la planète.
C’est pour cela que nous sommes plutôt en 1910 qu’en 1929, quand le monde découvrait la puissance de la Fée Electricité comme nous découvrons aujourd’hui celle des nouvelles technologies de l’information. Et ce n’est qu’après 1945 que les compromis politiques et sociaux ont pu mettre en place la régulation du fordisme, sous la forme de l’Etat providence et de l’économie sociale de marché. Cette tâche est encore devant nous. Nous devons trouver les règles de la mondialisation.
– Mais la mondialisation n’a-t-elle pas aussi démontré la «finitude» des ressources qu’elle utilise pour nourrir la croissance, et donc la nécessité d’adopter un mode de croissance moins «gourmand»?
– Ce n’est pas pour moi la question posée aujourd’hui par cette crise, je l’ai dit, mais c’est la question qui se posera inévitablement au cours de ce siècle: nous allons faire l’expérience du fait que le mode de croissance né en Europe au XVIIIe siècle ne peut pas être généralisé à l’échelle de la planète. C’est là une dimension plus anthropologique qu’économique. Nous étions passés d’un monde malthusien – où la rareté guidait les comportements – à un monde de croissance continue, grâce aux progrès techniques et sociaux. Le XXIe siècle pourrait connaître un retour au monde malthusien.
Si tel était le cas, le supporterions-nous, comme le pensent les théoriciens de la décroissance? Je n’en suis pas sûr du tout. Entre 1970 et aujourd’hui, le salaire médian des Français a doublé – sans que les écarts entre les déciles extrêmes aient diminué, ils ont même augmenté. Mais peu importe: aucune révolution sociale n’aurait pu faire cela, comme disait Schumpeter à l’adresse des marxistes. L’abolition de toutes les inégalités actuelles de revenu, par exemple, augmenterait ce même salaire médian de 20% seulement! Pourtant, les Français ne s’estiment pas plus heureux dans la situation actuelle qu’en 1970, au contraire même. Autrement dit, ce qui rend heureux est la perspective de croissance. Je ne crois pas que l’on puisse s’en passer.
– Mais les technologies vertes, un mode de croissance durable, plus économe des ressources de la planète, ne permettraient-ils pas de contourner cet obstacle?
– Industriels et politiques s’échinent à développer les voitures électriques, à mettre des panneaux solaires partout. Peut-être parviendra-t-on effectivement à tirer un câble sous la Méditerranée pour aller chercher l’électricité d’immenses centrales solaires situées en plein Sahara! Mais verdir notre monde industriel, ce n’est pas changer de modèle.
La véritable quatrième révolution industrielle, après la vapeur, l’électricité et l’informatique, serait plutôt celle de la mobilité, qui allierait une technologie – l’interconnexion généralisée – à une nouvelle organisation du travail, modifiant complètement le rapport entre l’homme et son espace. C’est un peu le modèle californien: chacun sur son vélo et derrière son écran, chez soi, dans la rue, et au maximum une fois par semaine à son bureau. Mais le risque est celui d’une ghettoïsation sociale complète, avec un retour à une économie villageoise médiévale… mais branchée sur la planète.
Je pense toutefois que ces visions d’un avenir technologique plus ou moins radieux ne doivent pas nous dispenser du «catastrophisme éclairé» que prône par exemple le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Nous devons penser ce que pourrait être un monde qui n’aurait pas trouvé le moyen de perpétuer sa fuite en avant planétaire dans une croissance perpétuelle.
N’existe-t-il pas d’autres voies, d’autres critères, qui permettraient de remplacer les fonctions sociales remplies aujourd’hui par la croissance économique? Par exemple, la fonction de distinction sociale que permet la possession de biens matériels ne pourrait-elle pas être théâtralisée, symbolisée par d’autres moyens? C’est ce que nous devons, aujourd’hui, penser et débattre.
mercredi 23 décembre 2009
mardi 22 décembre 2009
A l’Est, toujours la crise
Frédéric Lelièvre - LeTemps.ch
Creditreform souligne les décalages conjoncturels en Europre.
Reprise par-ci. Sortie de récession par-là. La France, l’Allemagne, la Suisse… Depuis un mois, le climat conjoncturel en Europe s’est éclairci, même si l’emploi reste encore en panne.
L’Europe va mieux? A l’Ouest peut-être, à l’Est pas.
Dans un rapport publié lundi, Creditreform observe aussi la reprise en Grande-Bretagne ou encore en Italie. L’union suisse des créanciers note que les demandes de recouvrement ont progressé de 88% en moyenne en Europe de l’Ouest cette année. La palme revient au Luxembourg, où les démarches liées au retard de paiement ont augmenté de 300%.
Ces chiffres ne sont rien en comparaison de ce qui se passe, par exemple en Roumanie: +550%. En moyenne, les problèmes de recouvrement ont progressé deux fois plus vite à l’Est, selon Creditreform. Ces pays continuent de rencontrer de sérieuses récessions.
On peut en prendre pour autre preuve la décision, lundi encore, de la Banque centrale de Hongrie de baisser son taux directeur d’un quart de point. A 6,25%, il se situe à son plus bas niveau depuis juillet 2006. Bien que moins importante qu’attendu, cette diminution vise à soutenir l’économie hongroise, qui devrait se contracter de 6,7% cette année.
A l’Ouest, à Francfort ou Zurich, la tendance est tout autre: les banques centrales se préparent à relever leurs taux.
Creditreform souligne les décalages conjoncturels en Europre.
Reprise par-ci. Sortie de récession par-là. La France, l’Allemagne, la Suisse… Depuis un mois, le climat conjoncturel en Europe s’est éclairci, même si l’emploi reste encore en panne.
L’Europe va mieux? A l’Ouest peut-être, à l’Est pas.
Dans un rapport publié lundi, Creditreform observe aussi la reprise en Grande-Bretagne ou encore en Italie. L’union suisse des créanciers note que les demandes de recouvrement ont progressé de 88% en moyenne en Europe de l’Ouest cette année. La palme revient au Luxembourg, où les démarches liées au retard de paiement ont augmenté de 300%.
Ces chiffres ne sont rien en comparaison de ce qui se passe, par exemple en Roumanie: +550%. En moyenne, les problèmes de recouvrement ont progressé deux fois plus vite à l’Est, selon Creditreform. Ces pays continuent de rencontrer de sérieuses récessions.
On peut en prendre pour autre preuve la décision, lundi encore, de la Banque centrale de Hongrie de baisser son taux directeur d’un quart de point. A 6,25%, il se situe à son plus bas niveau depuis juillet 2006. Bien que moins importante qu’attendu, cette diminution vise à soutenir l’économie hongroise, qui devrait se contracter de 6,7% cette année.
A l’Ouest, à Francfort ou Zurich, la tendance est tout autre: les banques centrales se préparent à relever leurs taux.
samedi 19 décembre 2009
Le billet vert se rebiffe
Mais quelle mouche a piqué le dollar? La devise américaine, que la plupart des prévisionnistes considéraient comme vouée à une faiblesse durable, semble vouloir se rebiffer. Et de quelle manière.
Depuis ses planchers de fin novembre, elle s’est sensiblement remplumée (+5,3%) face à l’euro. Une prestation que le billet vert parvient même à réaliser face à l’ensemble des devises des dix pays les plus industrialisés, en enregistrant un gain moyen de 4,3%.
Si l’élément déclencheur de cet revirement est identifié, un taux de chômage américain moins pire qu’attendu en décembre et, son corollaire, la fin prochaine de la politique ultra-accommodante de la Réservé fédérale (Fed), ce qui l’est moins c’est l’impact que la poursuite de ce processus pourrait avoir.
Il faut, en effet, savoir que les investisseurs de tout poil ont, depuis le début de l’année, de plus en plus financé leurs placements dans les actifs à risque (actions, emprunts d’entreprises, matières premières, marchés émergents,etc.) en empruntant à court terme en dollar. Avec un loyer de l’argent virtuellement nul outre-Atlantique, la tentation était évidemment grande!
Le seul hic, c’est que le rally enregistré par ces actifs à risque est désormais largement dépendant de ces financements en dollar. Ces derniers qui, dans le jargon financier, prennent la forme d’opérations de portage (ou «carry trades»), équivaudraient en effet, selon Credit Suisse, à 1.400 à 2.000 milliards de USD. Autrement dit, que le dollar continue à s’apprécier et ce sera un véritable coup de pied dans la fourmilière des spéculateurs misant massivement sur le portage. Ils seront contraints de déboucler leurs positions et, de ce fait, renforcer l’élan haussier du dollar. Certains observateurs vont même jusqu’à considérer ce scénario comme la «plus grande bombe à retardement» menaçant l'économie mondiale, car il pourrait induire une nouvelle explosion de la volatilité sur les marchés.
Luc Charlier
00:30 - 19/12/2009 Copyright © L'Echo.be
Depuis ses planchers de fin novembre, elle s’est sensiblement remplumée (+5,3%) face à l’euro. Une prestation que le billet vert parvient même à réaliser face à l’ensemble des devises des dix pays les plus industrialisés, en enregistrant un gain moyen de 4,3%.
Si l’élément déclencheur de cet revirement est identifié, un taux de chômage américain moins pire qu’attendu en décembre et, son corollaire, la fin prochaine de la politique ultra-accommodante de la Réservé fédérale (Fed), ce qui l’est moins c’est l’impact que la poursuite de ce processus pourrait avoir.
Il faut, en effet, savoir que les investisseurs de tout poil ont, depuis le début de l’année, de plus en plus financé leurs placements dans les actifs à risque (actions, emprunts d’entreprises, matières premières, marchés émergents,etc.) en empruntant à court terme en dollar. Avec un loyer de l’argent virtuellement nul outre-Atlantique, la tentation était évidemment grande!
Le seul hic, c’est que le rally enregistré par ces actifs à risque est désormais largement dépendant de ces financements en dollar. Ces derniers qui, dans le jargon financier, prennent la forme d’opérations de portage (ou «carry trades»), équivaudraient en effet, selon Credit Suisse, à 1.400 à 2.000 milliards de USD. Autrement dit, que le dollar continue à s’apprécier et ce sera un véritable coup de pied dans la fourmilière des spéculateurs misant massivement sur le portage. Ils seront contraints de déboucler leurs positions et, de ce fait, renforcer l’élan haussier du dollar. Certains observateurs vont même jusqu’à considérer ce scénario comme la «plus grande bombe à retardement» menaçant l'économie mondiale, car il pourrait induire une nouvelle explosion de la volatilité sur les marchés.
Luc Charlier
00:30 - 19/12/2009 Copyright © L'Echo.be
Croissance ou décroissance: une troisième voie existe-t-elle?
Pierre Veya - LeTemps.ch
«La planète est en danger», clament les mouvements écologistes. «Nous sommes proches d’une catastrophe imminente.»
«La planète est en danger», clament les mouvements écologistes. «Nous sommes proches d’une catastrophe imminente.» Ce discours alarmiste, bien qu’il ait des fondements scientifiques, agace et commence sans doute à sécréter son propre antidote. Par petites touches, bon nombre d’individus font part de leur ras-le-bol et relativisent la menace d’un réchauffement climatique dont l’apogée concernera surtout les futures générations, celles de la fin du XXIe siècle. D’ici là, écrivent les optimistes, nous aurons trouvé des solutions…
Le mouvement écologiste progresse, mais il est de plus en plus ressenti comme le cheval de Troie d’une idéologie liberticide. Nombre de militants sincères ne s’en cachent pas: ils ont en tête une remise en question de la notion même de progrès et avant tout de la croissance. Le terme de décroissance leur sert d’étendard. La thèse, il est vrai, ne manque pas d’arguments. Si la Chine et l’Inde entrent de plain-pied dans la frénésie de la consommation et font un usage proportionnel des ressources naturelles, la logique de croissance deviendra intenable. L’humanité revient brutalement à la case de départ. Sortis d’un monde malthusien marqué par la rareté au début du XXe siècle, nous pensions nous être affranchis des contraintes. La croissance quasi continue n’a-t-elle pas élevé le niveau de vie et de sécurité des anciennes sociétés agraires occidentales à des niveaux jamais atteints? Or, l’impasse écologique et le pillage des ressources pourraient nous replonger dans une ère de rareté et de conflits pour les ressources. La croissance magique à laquelle rêvent les milliards d’Indiens, de Chinois, de Brésiliens, demain sans doute les Africains, serait donc un mirage, une voie sans issue. Pour nombre d’écologistes, il est urgent de programmer la décroissance. Et c’est sans doute cette perspective qui fait peur car elle est contraire à nos instincts d’homo economicus.
Imposer la décroissance? Les économistes sont, dans leur grande majorité, sceptiques. «Si tel était le cas, le supporterions-nous, comme le pensent les théoriciens de la décroissance? Je n’en suis pas sûr du tout. Entre 1970 et aujourd’hui, le salaire médian des Français a doublé – sans que les écarts entre les déciles extrêmes aient diminué, ils ont même augmenté. Mais peu importe: aucune révolution sociale n’aurait pu faire cela, comme disait Schumpeter à l’adresse des marxistes. L’abolition de toutes les inégalités actuelles de revenus, par exemple, augmenterait ce même salaire médian de 20% seulement!» expliquait récemment l’économiste français Daniel Cohen, dans une interview accordée au quotidien Le Monde.
Par ailleurs, comment imposer aux nouveaux pays émergents un changement de perspective à laquelle ils travaillent dur, eux qui sortent tout juste d’une ère agraire et malthusienne? Le bras de fer politique qui s’est déroulé à Copenhague montre à quel point c’est devenu illusoire. Les pays en développement n’abandonneront jamais la croissance sur l’autel de l’urgence écologique; leur stabilité sociale et économique n’y résisterait pas.
Une décroissance solitaire des pays riches ne modifierait en rien la donne écologique. Car, si les pays riches portent une part prépondérante des responsabilités dans la mise en danger des écosystèmes, c’est bien l’impact à venir des pays en voie de développement qui les inquiète.
Alors que faire? Comment réconcilier deux postulats antinomiques? Beaucoup d’écologistes ne croient pas à la croissance verte. C’est un peu comme l’efficacité énergétique. C’est bien, mais que se passe-t-il si la croissance globale se poursuit tout de même; on peut être plus efficace mais, au final, consommer plus! L’écologie industrielle apporte peut-être la meilleure réponse. Cette discipline de recherche scientifique, née il y a une vingtaine d’années, départage les contraires. L’objectif à atteindre ce n’est pas tant la décroissance comme finalité mais la décroissance des flux de matières premières. Nous gaspillons, souillons et détruisons les ressources alors que les déchets peuvent être recyclés, servir de matière première à d’autres. L’objectif de l’écologie industrielle est de réconcilier l’activité économique et sociale avec la biosphère, Gaïa comme l’a pensé James Lovelock. Pour y parvenir, le progrès technologique est central, la gestion du territoire doit intégrer la rareté et la nécessité de sauvegarder les ressources. Concrètement, partout où cela est possible, on renonce à déplacer d’énormes quantités de matières. L’informatique, les réseaux intelligents permettent une dématérialisation des échanges économiques. La science et l’innovation sont en définitive les seules variables qui ouvrent la possibilité d’alléger le fardeau de la mobilité et la charge qui pèsent sur la planète. Comme l’affirme Amory Lovins, l’avenir est à la frugalité énergétique et à la décentralisation des solutions. A Copenhague, les négociations climatiques se sont concentrées sur les émissions de gaz à effet de serre, mais tout le monde comprend bien que la révolution à accomplir est beaucoup plus vaste si nous voulons éviter une crise écologique mondiale et conserver une forme de croissance qui autorise l’espoir d’un monde meilleur.
Pour en savoir plus:
«Vers une écologie industrielle», Suren Erkman,
Editions Charles Léopold Mayer.
«La planète est en danger», clament les mouvements écologistes. «Nous sommes proches d’une catastrophe imminente.»
«La planète est en danger», clament les mouvements écologistes. «Nous sommes proches d’une catastrophe imminente.» Ce discours alarmiste, bien qu’il ait des fondements scientifiques, agace et commence sans doute à sécréter son propre antidote. Par petites touches, bon nombre d’individus font part de leur ras-le-bol et relativisent la menace d’un réchauffement climatique dont l’apogée concernera surtout les futures générations, celles de la fin du XXIe siècle. D’ici là, écrivent les optimistes, nous aurons trouvé des solutions…
Le mouvement écologiste progresse, mais il est de plus en plus ressenti comme le cheval de Troie d’une idéologie liberticide. Nombre de militants sincères ne s’en cachent pas: ils ont en tête une remise en question de la notion même de progrès et avant tout de la croissance. Le terme de décroissance leur sert d’étendard. La thèse, il est vrai, ne manque pas d’arguments. Si la Chine et l’Inde entrent de plain-pied dans la frénésie de la consommation et font un usage proportionnel des ressources naturelles, la logique de croissance deviendra intenable. L’humanité revient brutalement à la case de départ. Sortis d’un monde malthusien marqué par la rareté au début du XXe siècle, nous pensions nous être affranchis des contraintes. La croissance quasi continue n’a-t-elle pas élevé le niveau de vie et de sécurité des anciennes sociétés agraires occidentales à des niveaux jamais atteints? Or, l’impasse écologique et le pillage des ressources pourraient nous replonger dans une ère de rareté et de conflits pour les ressources. La croissance magique à laquelle rêvent les milliards d’Indiens, de Chinois, de Brésiliens, demain sans doute les Africains, serait donc un mirage, une voie sans issue. Pour nombre d’écologistes, il est urgent de programmer la décroissance. Et c’est sans doute cette perspective qui fait peur car elle est contraire à nos instincts d’homo economicus.
Imposer la décroissance? Les économistes sont, dans leur grande majorité, sceptiques. «Si tel était le cas, le supporterions-nous, comme le pensent les théoriciens de la décroissance? Je n’en suis pas sûr du tout. Entre 1970 et aujourd’hui, le salaire médian des Français a doublé – sans que les écarts entre les déciles extrêmes aient diminué, ils ont même augmenté. Mais peu importe: aucune révolution sociale n’aurait pu faire cela, comme disait Schumpeter à l’adresse des marxistes. L’abolition de toutes les inégalités actuelles de revenus, par exemple, augmenterait ce même salaire médian de 20% seulement!» expliquait récemment l’économiste français Daniel Cohen, dans une interview accordée au quotidien Le Monde.
Par ailleurs, comment imposer aux nouveaux pays émergents un changement de perspective à laquelle ils travaillent dur, eux qui sortent tout juste d’une ère agraire et malthusienne? Le bras de fer politique qui s’est déroulé à Copenhague montre à quel point c’est devenu illusoire. Les pays en développement n’abandonneront jamais la croissance sur l’autel de l’urgence écologique; leur stabilité sociale et économique n’y résisterait pas.
Une décroissance solitaire des pays riches ne modifierait en rien la donne écologique. Car, si les pays riches portent une part prépondérante des responsabilités dans la mise en danger des écosystèmes, c’est bien l’impact à venir des pays en voie de développement qui les inquiète.
Alors que faire? Comment réconcilier deux postulats antinomiques? Beaucoup d’écologistes ne croient pas à la croissance verte. C’est un peu comme l’efficacité énergétique. C’est bien, mais que se passe-t-il si la croissance globale se poursuit tout de même; on peut être plus efficace mais, au final, consommer plus! L’écologie industrielle apporte peut-être la meilleure réponse. Cette discipline de recherche scientifique, née il y a une vingtaine d’années, départage les contraires. L’objectif à atteindre ce n’est pas tant la décroissance comme finalité mais la décroissance des flux de matières premières. Nous gaspillons, souillons et détruisons les ressources alors que les déchets peuvent être recyclés, servir de matière première à d’autres. L’objectif de l’écologie industrielle est de réconcilier l’activité économique et sociale avec la biosphère, Gaïa comme l’a pensé James Lovelock. Pour y parvenir, le progrès technologique est central, la gestion du territoire doit intégrer la rareté et la nécessité de sauvegarder les ressources. Concrètement, partout où cela est possible, on renonce à déplacer d’énormes quantités de matières. L’informatique, les réseaux intelligents permettent une dématérialisation des échanges économiques. La science et l’innovation sont en définitive les seules variables qui ouvrent la possibilité d’alléger le fardeau de la mobilité et la charge qui pèsent sur la planète. Comme l’affirme Amory Lovins, l’avenir est à la frugalité énergétique et à la décentralisation des solutions. A Copenhague, les négociations climatiques se sont concentrées sur les émissions de gaz à effet de serre, mais tout le monde comprend bien que la révolution à accomplir est beaucoup plus vaste si nous voulons éviter une crise écologique mondiale et conserver une forme de croissance qui autorise l’espoir d’un monde meilleur.
Pour en savoir plus:
«Vers une écologie industrielle», Suren Erkman,
Editions Charles Léopold Mayer.
vendredi 18 décembre 2009
Les marchés nord-américains ont accusé le coup d’une mauvaise nouvelle concernant le chômage aux Etats-Unis.
Olivier Schmouker . les affaires.com . 17-12-2009
Les marchés nord-américains ont accusé le coup d’une mauvaise nouvelle concernant le chômage aux Etats-Unis.
À 16h, le S&P/TSX de la Bourse de Toronto diminuait de 150 points, à 11 486 points. À Wall Street, le Dow Jones reculait de 133 points, à 10 308 points, le S&P500 de 13 points, à 1 096 points, et le Nasdaq de 27 points, à 2 180 points.
Le chômage, une épine dans le pied d'Obama
Ainsi, davantage d’Américains que les semaines précédentes se sont inscrits au chômage durant la semaine close le 12 décembre. Il y en a eu 7 000 de plus que la semaine précédente, pour un total de 480 000. Ce chiffre a désarçonné la plupart des analystes, qui tablaient en général sur un chiffre de 465 000, et indique que la «reprise» américaine est particulièrement fragile.
Cette rechute n’a pas influencé la moyenne établie sur quatre semaines, en baisse de 5 250 en glissement hebdomadaire, à 467 500 inscriptions. Il s’agit de son 15e repli consécutif.
Quant au taux de chômage indemnisé, il est demeuré stable, à 3,9%, pour la semaine terminée le 5 décembre. Le nombre de chômeurs indemnisés sur la même période, lui, a augmenté, de 5 000, à près de 5,2 millions, par rapport à la semaine précédente.
Rappelons que le président américain Barack Obama a littéralement déclaré la guerre au chômage, dans un discours prononcé le 2 décembre dernier. Et que Christina Romer, la présidente des conseillers économiques de la Maison Blanche, a fait une sortie publique la semaine dernière pour dire que la récession ne serait pas terminée aux États-Unis tant que le taux de chômage, qui avoisine les 10% en ce moment, ne reviendrait pas aux alentours de 5%...
Plusieurs signes encourageants
D'autres statistiques américaines ont toutefois atténué les inquiétudes des investisseurs. Par exemple, l'indice des indicateurs avancés du Conference Board des États-Unis a crû de 0,9% en novembre. Le consensus des analystes tournait autour du chiffre de 0,7%.
Plusieurs facteur peuvent expliquer cette nette progression, comme l'amélioration des conditions financières, du marché du travail et du logement. C'est le huitième mois consécutif que cet indice est en progression, les deux hausses précédentes ayant été de 0,3% en octobre et de 1,2% en septembre.
Par ailleurs, l'indice d'activité manufacturière régionale de la Réserve fédérale de Philadelphie a poursuivi son expansion en décembre. Il a progressé à 20,4 points, contre 16,7 points en novembre. La plupart des analystes s'attendaient à un chiffre tournant autour de 16.
Cet indice est positif depuis maintenant cinq mois d'affilée. Et ce même si, en décembre, plusieurs sous-indices ont regressé par rapport au mois précédent : par exemple, celui des nouvelles commandes a perdu 8 points, à 6,5 points, et celui des livraisons, 0,4 point, à 15,3 points.
Des soucis venus d'Europe
Le dollar américain a atteint aujourd'hui un sommet de ces trois derniers mois en comparaison avec l'euro, ayant gagné 1,6%, à 0,69 euros. De son côté, le huard s'échangeait en fin de journée contre 0,93 dollar américain.
Comment expliquer ce regain d'intérêt pour le dollar américain? En fait, il s'agit plutôt d'une perte de vigueur de l'euro, l'Europe étant secouée par une déferlante de mauvaises nouvelles provenant de Grèce.
En effet, l'agence de notation Standard & Poor's a décidé hier d'abaisser pour une seconde fois cette année la note de la Grèce, car celle-ci est frappée de plein fouet par la récession et son gouvernement ne parvient pas à rassurer qui que ce soit sur sa capacité à redresser la barre.
«Cette nouvelle a déclenché une onde de choc sur les marchés européens, dont on commence à ressentir l'impact outre-Atlantique. Et nombre d'investisseurs s'attendent maintenant à d'autres mauvaises nouvelles à propos d'autres pays européens, comme l'Irlande et l'Espagne», dit Sébastien Lavoie, économiste, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
Dégringolade de l'once d'or
En fin de journée, l'once d'or dégringolait de 29 dollars, ou 2,55%, à 1 107 dollars américains, à New York. Cette chute a entraîné avec elle des compagnies minières canadiennes, à l'image de Goldcorp, dont le titre perdait en fin de journée 3,6%, à 40,47 dollars, et d'Iamgold, en baisse de 8,3%, à 16,40 dollars.
Quant au baril de pétrole brut, il restait stable, à 72,60 dollars américains, au Nymex.
Les marchés nord-américains ont accusé le coup d’une mauvaise nouvelle concernant le chômage aux Etats-Unis.
À 16h, le S&P/TSX de la Bourse de Toronto diminuait de 150 points, à 11 486 points. À Wall Street, le Dow Jones reculait de 133 points, à 10 308 points, le S&P500 de 13 points, à 1 096 points, et le Nasdaq de 27 points, à 2 180 points.
Le chômage, une épine dans le pied d'Obama
Ainsi, davantage d’Américains que les semaines précédentes se sont inscrits au chômage durant la semaine close le 12 décembre. Il y en a eu 7 000 de plus que la semaine précédente, pour un total de 480 000. Ce chiffre a désarçonné la plupart des analystes, qui tablaient en général sur un chiffre de 465 000, et indique que la «reprise» américaine est particulièrement fragile.
Cette rechute n’a pas influencé la moyenne établie sur quatre semaines, en baisse de 5 250 en glissement hebdomadaire, à 467 500 inscriptions. Il s’agit de son 15e repli consécutif.
Quant au taux de chômage indemnisé, il est demeuré stable, à 3,9%, pour la semaine terminée le 5 décembre. Le nombre de chômeurs indemnisés sur la même période, lui, a augmenté, de 5 000, à près de 5,2 millions, par rapport à la semaine précédente.
Rappelons que le président américain Barack Obama a littéralement déclaré la guerre au chômage, dans un discours prononcé le 2 décembre dernier. Et que Christina Romer, la présidente des conseillers économiques de la Maison Blanche, a fait une sortie publique la semaine dernière pour dire que la récession ne serait pas terminée aux États-Unis tant que le taux de chômage, qui avoisine les 10% en ce moment, ne reviendrait pas aux alentours de 5%...
Plusieurs signes encourageants
D'autres statistiques américaines ont toutefois atténué les inquiétudes des investisseurs. Par exemple, l'indice des indicateurs avancés du Conference Board des États-Unis a crû de 0,9% en novembre. Le consensus des analystes tournait autour du chiffre de 0,7%.
Plusieurs facteur peuvent expliquer cette nette progression, comme l'amélioration des conditions financières, du marché du travail et du logement. C'est le huitième mois consécutif que cet indice est en progression, les deux hausses précédentes ayant été de 0,3% en octobre et de 1,2% en septembre.
Par ailleurs, l'indice d'activité manufacturière régionale de la Réserve fédérale de Philadelphie a poursuivi son expansion en décembre. Il a progressé à 20,4 points, contre 16,7 points en novembre. La plupart des analystes s'attendaient à un chiffre tournant autour de 16.
Cet indice est positif depuis maintenant cinq mois d'affilée. Et ce même si, en décembre, plusieurs sous-indices ont regressé par rapport au mois précédent : par exemple, celui des nouvelles commandes a perdu 8 points, à 6,5 points, et celui des livraisons, 0,4 point, à 15,3 points.
Des soucis venus d'Europe
Le dollar américain a atteint aujourd'hui un sommet de ces trois derniers mois en comparaison avec l'euro, ayant gagné 1,6%, à 0,69 euros. De son côté, le huard s'échangeait en fin de journée contre 0,93 dollar américain.
Comment expliquer ce regain d'intérêt pour le dollar américain? En fait, il s'agit plutôt d'une perte de vigueur de l'euro, l'Europe étant secouée par une déferlante de mauvaises nouvelles provenant de Grèce.
En effet, l'agence de notation Standard & Poor's a décidé hier d'abaisser pour une seconde fois cette année la note de la Grèce, car celle-ci est frappée de plein fouet par la récession et son gouvernement ne parvient pas à rassurer qui que ce soit sur sa capacité à redresser la barre.
«Cette nouvelle a déclenché une onde de choc sur les marchés européens, dont on commence à ressentir l'impact outre-Atlantique. Et nombre d'investisseurs s'attendent maintenant à d'autres mauvaises nouvelles à propos d'autres pays européens, comme l'Irlande et l'Espagne», dit Sébastien Lavoie, économiste, de Valeurs mobilières Banque Laurentienne.
Dégringolade de l'once d'or
En fin de journée, l'once d'or dégringolait de 29 dollars, ou 2,55%, à 1 107 dollars américains, à New York. Cette chute a entraîné avec elle des compagnies minières canadiennes, à l'image de Goldcorp, dont le titre perdait en fin de journée 3,6%, à 40,47 dollars, et d'Iamgold, en baisse de 8,3%, à 16,40 dollars.
Quant au baril de pétrole brut, il restait stable, à 72,60 dollars américains, au Nymex.
mercredi 16 décembre 2009
Croissance du PIB allemand revue à la hausse pour 2010-Instituts :
16 décembre (Reuters) - Deux instituts économiques allemands ont relevé mercredi leurs prévisions de croissance pour le produit intérieur brut (PIB) de l'Allemagne en 2010.
L'institut IFW s'attend à une croissance de 1,2% en 2010, contre une croissance de 1% lors de l'estimation de septembre.
L'institut IMK prévoit une croissance de 2% en 2010, en forte hausse par rapport à l'estimation de septembre, à +0,5%.
Pour IMK, la croissance sera tirée par les mesures budgétaires de soutien à l'économie et par la politique monétaire accommodante des banques centrales, et la reprise ne sera pas "auto-entretenue".
(Bureau de Berlin, version française Sonia Manueco)
L'institut IFW s'attend à une croissance de 1,2% en 2010, contre une croissance de 1% lors de l'estimation de septembre.
L'institut IMK prévoit une croissance de 2% en 2010, en forte hausse par rapport à l'estimation de septembre, à +0,5%.
Pour IMK, la croissance sera tirée par les mesures budgétaires de soutien à l'économie et par la politique monétaire accommodante des banques centrales, et la reprise ne sera pas "auto-entretenue".
(Bureau de Berlin, version française Sonia Manueco)
lundi 14 décembre 2009
La nouvelle toxicité européenne
Par Gaspard Kühn
Cruel paradoxe. Alors que la débâcle financière trouve son origine aux Etats-Unis, c’est aujourd’hui l’Europe qui cumule les plus grandes incertitudes sur la dette souveraine. L’enchaînement de down-ratings laisse une douloureuse impression de contagion. Après Dubaï et la Grèce, l’Espagne suscite la défiance des agences de notation. Et l’Italie pourrait bientôt suivre. Une nouvelle forme de toxicité européenne semble émerger. La semaine dernière, une étude de JP Morgan calculait ainsi l’exposition des portefeuilles de grandes compagnies d’assurance aux obligations des pays d’Europe du Sud. Comme si ces papiers pouvaient infecter leur bilan, à la manière des subprimes en 2007 et 2008. Il faut pourtant garder la tête froide: un pays ne fait pas banqueroute du jour au lendemain, surtout lorsqu’il est européen. Et les abaissements de note souveraine procèdent de l’effet d’annonce. L’explosion de la dette publique n’est pas un phénomène récent; les chiffres sont connus depuis plusieurs années. Ils n’ont fait que s’aggraver ces derniers mois, les plans de relance favorisant le laxisme budgétaire. A court terme, les avis négatifs des agences n’auront qu’un impact limité sur les marchés. L’augmentation de l’incertitude va, tout au plus, générer une plus forte aversion au risque. Et donc favoriser la sélectivité. A plus long terme, la reprise sera toutefois hypothéquée. Car le redressement des marchés et de l’économie réelle a profité de l’injection de liquidités et d’une aide massive des Etats. Qui ne pourront bientôt plus se permettre de telles largesses. De fait, les agences de notation viennent d’inverser brutalement la géopolitique financière. Ces derniers mois, les commentateurs avaient insisté sur les risques pesant sur le dollar. L’inverse se produit aujourd’hui: la monnaie unique est affectée, et les plus pessimistes imaginent déjà la parité euro/dollar à 1,38 (lire page 14). A vrai dire, la bascule qui vient de s’opérer n’a rien de très surprenant. L’Europe est systématiquement en retard dans la gestion des crises, qui finissent par s’éterniser ici quand l’économie américaine repart. L’Union européenne n’a guère le choix: elle doit réagir. Signe des temps, les fameux critères de stabilité redeviennent d’actualité. Fidèle à sa réputation rigoriste, l’Allemagne d’Angela Merkel réclame d’ailleurs un effort supplémentaire des pays membres. Si la Commission décide de venir en aide aux Etats en difficulté, elle conditionnera probablement cet appui à une réduction des dépenses publiques. Mais en a-t-elle seulement le pouvoir? A l’évidence, un véritable test politique se profile.
Agefi
Cruel paradoxe. Alors que la débâcle financière trouve son origine aux Etats-Unis, c’est aujourd’hui l’Europe qui cumule les plus grandes incertitudes sur la dette souveraine. L’enchaînement de down-ratings laisse une douloureuse impression de contagion. Après Dubaï et la Grèce, l’Espagne suscite la défiance des agences de notation. Et l’Italie pourrait bientôt suivre. Une nouvelle forme de toxicité européenne semble émerger. La semaine dernière, une étude de JP Morgan calculait ainsi l’exposition des portefeuilles de grandes compagnies d’assurance aux obligations des pays d’Europe du Sud. Comme si ces papiers pouvaient infecter leur bilan, à la manière des subprimes en 2007 et 2008. Il faut pourtant garder la tête froide: un pays ne fait pas banqueroute du jour au lendemain, surtout lorsqu’il est européen. Et les abaissements de note souveraine procèdent de l’effet d’annonce. L’explosion de la dette publique n’est pas un phénomène récent; les chiffres sont connus depuis plusieurs années. Ils n’ont fait que s’aggraver ces derniers mois, les plans de relance favorisant le laxisme budgétaire. A court terme, les avis négatifs des agences n’auront qu’un impact limité sur les marchés. L’augmentation de l’incertitude va, tout au plus, générer une plus forte aversion au risque. Et donc favoriser la sélectivité. A plus long terme, la reprise sera toutefois hypothéquée. Car le redressement des marchés et de l’économie réelle a profité de l’injection de liquidités et d’une aide massive des Etats. Qui ne pourront bientôt plus se permettre de telles largesses. De fait, les agences de notation viennent d’inverser brutalement la géopolitique financière. Ces derniers mois, les commentateurs avaient insisté sur les risques pesant sur le dollar. L’inverse se produit aujourd’hui: la monnaie unique est affectée, et les plus pessimistes imaginent déjà la parité euro/dollar à 1,38 (lire page 14). A vrai dire, la bascule qui vient de s’opérer n’a rien de très surprenant. L’Europe est systématiquement en retard dans la gestion des crises, qui finissent par s’éterniser ici quand l’économie américaine repart. L’Union européenne n’a guère le choix: elle doit réagir. Signe des temps, les fameux critères de stabilité redeviennent d’actualité. Fidèle à sa réputation rigoriste, l’Allemagne d’Angela Merkel réclame d’ailleurs un effort supplémentaire des pays membres. Si la Commission décide de venir en aide aux Etats en difficulté, elle conditionnera probablement cet appui à une réduction des dépenses publiques. Mais en a-t-elle seulement le pouvoir? A l’évidence, un véritable test politique se profile.
Agefi
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